Chapitre 1 : Le réveil

Minez pour retrouver votre monde

 

Réveillez vous, Zakariens.”

Ces paroles résonnèrent en moi. Comme un souffle puissant dans mon corps, me redonnant vie.  L'instant d'après, je me suis réveillée, couchée au milieu d’une prairie verdoyante. C’était un endroit inconnu, que je n’avais encore jamais vu...

Une masse d'inconnus se réveillait aussi autour de moi. Cette vision irréelle semblait sortir tout droit d’un rêve… Mais cette douleur, au niveau de mon ventre, me brûlait de l’intérieur et me rappelait cette triste réalité.

Zakariens”, reprit cette voix.

Aujourd'hui, un pacte avec un élément a été fait. Ce pacte a engendré le gel de votre monde. Vous êtes les seuls survivants, vous avez été envoyés ici pour recommencer une nouvelle vie, hélas nous n’avons pu sauver le monde.”

J'entendais les lamentations et les pleurs des familles autour de moi.

Le gel a rendu fou les élémentaires, ils sont devenus incontrôlables. Des monstres ont également commencé à apparaître de cette folie, engendrée par les élémentaires. Des énormes bêtes, de toutes sortes, qui brûlent et détruisent tout sur leur passage.

Zakariens, nous avons toujours veillé sur vous depuis les cieux, mais aujourd'hui c'est à vous d'être dans les cieux. Lors du gel, vous nous avez priés et nous sommes intervenus. Ici dans les cieux, à l'abri du gel et de la mort, vous serez protégés. Zakariens, reconstruisez chaque parcelle de notre défunte terre. Faites votre deuil et entraînez vous. Un jour, vous devrez purger notre terre du mal qui la ronge.

Bienvenue, mes enfants, dans l'ère de la terre unique.”

Et le silence s'installa.

Tout le monde se regardait, échangeait dans un murmure qui devint très vite un pénible bruit de fond. Le silence se transforma vite en pleurs, en colère, et incompréhension. Tous ces sentiments se mélangèrent parmi les survivants, puis j’entendis alors les cris des mères qui ne retrouvaient pas leurs enfants.

Mon cœur était sur le point de s'arrêter, face à cette affreuse réalité. Qui sont ces gens ? Où sont les membres de ma famille ? Comment sommes-nous arrivés ici ? Suis-je morte ?

Nous étions une centaine, voir plus, d'êtres humains sur une île au milieu des nuages.

Comment cela était-ce possible ? Est-ce une contrée que nous n’avions jamais explorée ? Je n’en avais jamais entendu parler…  Que sommes-nous ? Le temps y semblait figé… Sommes-nous morts ? Sommes-nous vivants ?

Quant à ma famille…  était-elle emprisonnée dans la glace ? J’imaginais le pire.

Tremblante, j’essayais de me relever. Je perdis très vite l'équilibre et retomba sur mes genoux, mes jambes flageolaient, mes bras étaient lourds, la douleur de mon ventre me lançait.

Face à moi, une dizaine d’inconnus, qui commencèrent à crier, à courir, certains pleuraient, d’autres priaient, des cris d’enfants s’élevaient. J’essayais de ne pas céder face à cette immense panique, je me devais de retrouver ma famille, cependant, j’avais tout de même peur, peur d’où je suis, peur de ne jamais réussir à retrouver les miens…

Mon pouls s'accéléra, le monde autour de moi devenait flou, le son devenait sifflant. Je me sentais étouffée, ressentant des palpitations dans tout mon corps et mes mains étaient devenues moites. D’autre part, j’avais des sueurs froides, mes dents claquaient, mon corps tremblait et ma respiration semblait bloquée. J’essayais de respirer, mais en vain, j’en perdais le souffle. J’avais l’impression de m’étouffer, comme si cette masse d’inconnus se resserrait tout autour de moi, comprimant mes poumons et m'empêchant de respirer. Je regardais alors le ciel, essayant d’oublier la foule qui se trouvait à mes côtés. Je me devais de reprendre mes esprits et me relever. Mais je n’y arrivais pas, cet attroupement accentuait seulement ma peur.

Je ne peux me rappeler de comment j'ai réussi à me relever, mais je courrais, courrais comme si ma vie en dépendait, au travers de cette agitation. Il fallait que je sorte au plus vite de là.

Ma tête bourdonnait, la douleur était de plus en plus vive, chaque pas devenait un supplice, ma seule préoccupation était de fuir. Une fois éloignée de cette masse, je m'écroula de fatigue. Je…ne savais plus. J’avais l’impression que tout ceci n’était qu’un rêve, tout semblait irréel. J’essayais de me relever, vainement, tout mon corps flageolait, je n’y arrivais plus. La douleur envahissait tout mon corps, je n'y arrivais plus, je voulais plus me relever.

Avais-je réellement perdu ma famille ? Cette question dévorait mon esprit, mes larmes montaient.

Autour de moi, les cris et les pleurs ne cessaient.

Après un certain moment, je m’étais relevée, mon corps semblait enfin calme, je ne tremblais plus, mon cœur ne se resserrait plus. La panique semblait s'être atténuée. Quelle étourdissante vision. Je réalisais seulement maintenant que j'étais proche du bord, je fus comme aspirée par la vue et j'approchais dangereusement de la bordure. Le vide en face de moi semblait être infini. J'étais seule, face à cette réalité qui me semblait pourtant si irréelle. Peut-être ont-il été emprisonnés dans la glace.. ?

  • LEÏNA !!" Entendis-je au loin. Ma famille ! Était-ce un songe causé par ce que je venais de traverser ou était-ce bien réel ? À peine ai-je eu le temps de me retourner qu'ils apparurent devant moi, que je me suis effondrée sur place, sans pouvoir retenir mes larmes.

Ma mère ainsi qu’Ewen me prirent dans leurs bras, soulagés, alors que je pensais ne jamais les revoir. Je les avais alors fortement serrés contre moi. Ma mère essuyait mes larmes et faisait tout pour me rassurer.

Thomas et Carl, juste derrière, étaient également soulagés de nous voir réunis. Colas, un de mes autres frères ne m'avait même pas remarqué, il contemplait l'herbe qui était à ses pieds, la tête ailleurs comme à son habitude, il était plus obnubilé par son environnement que par la situation actuelle. Enfin, mon père s’était rapproché de moi, il venait lentement pour me prendre dans ses bras, après ma mère et Ewen.

  • Ma chérie ! Oh par Zakary tu n'as rien ? Oh j'ai eu tellement peur pour vous. Pleurait ma mère.
  • As-tu vu ton frère ? Où est Zacko ? Continua mon père, la question que je ne voulais pas entendre. Celle qui m'obligea à me confronter à la réalité.

Toutes ces questions déclenchent en moi un choc, comme un coup de poignard en plein cœur.

Ce n'était donc pas un rêve.

Comment allais-je leur expliquer pourquoi il n'était pas là, mais surtout, que tout était ma faute..

Mes parents avaient regardé à travers mes yeux, ils avaient compris que Zacko ne reviendrait pas, nous l’avions perdu pour toujours…

Mon père le visage furieux et en larmes, ne pu retenir sa réaction.

  • Toutes ces vies gâchées par cet immonde être…

Des cris de colère et de tristesse s'élevèrent autour de nous. Zakary nous avait prévenus... tout le monde n'a pu être sauvé, beaucoup avait perdu leurs proches, et je ne pourrais jamais me pardonner ce terrible fardeau.

Après avoir pleuré nos disparus, nous avons fait le tour de cette île, à la recherche d'une quelconque habitation.

Il n’y avait rien, c’était le néant… Uniquement cette verdure flottante au-dessus du vide. Nous ne pouvions survivre dans ces conditions, sans eau ni nourriture, ni même quelques matières premières. Nous avions donc décidé de partir à la découverte de ce nouveau monde.

Mon frère Thomas, notre aîné, prit la parole. Il demanda aux personnes de se rassembler, afin de bien vouloir créer des groupes pour explorer les environs, deux trois personnes avaient alors pris le commandement des groupes d’exploration. Les femmes et les enfants étaient restés sur place en compagnie des anciens.

L’île était assez vaste, elle devait faire plusieurs kilomètres de long, pas plus. Le sol semblait être fertile, pourtant aucune ressource comestible à l'horizon..

Une gigantesque montagne s’étendait au bout de l’île. Un des groupes gravit la montagne pour voir ce qui s'y trouvait. Après quelques heures d’escalade, quelle fut leur surprise de tomber sur une silhouette de femme en feuillage. Il semblait même que toute l'eau qui découlait de cette silhouette se répandait sur l'île entière. À ses côtés, il y avait une source d’eau pure, l’eau y était chaude et agréable. Cette statue de feuille fut vénérée par certains, pensant que Zakary avait représenter sa défunte femme afin de nous accompagner dans cette épreuve.

Une descente d’eau douce s’écoulait de la falaise, la cascade se versait dans deux lacs, l’un au milieu de la montagne et l’autre à son pied, près de la plaine. C’était une eau bleu turquoise, on pouvait y apercevoir des roches et des algues visibles dans une clarté. Mais au fond, une eau bleu nuit y était présente, complètement opaque, ne laissant apparaître que notre propre reflet.

La côte de l’île était couverte d’une étrange terre, avec laquelle les enfants ont commencé à jouer. L’île semblait être sauvage, il n’y avait aucun signe de présence humaine auparavant.

À la fin de la première journée, avant que le soleil ne se couche pour laisser place à la lune, nous découvrîmes une caverne cachée derrière les chutes d’eau, avec un énorme portail en son fond. Je n’avais jamais vu une chose de telle sorte. La pierre taillée était ancienne, rédigée dans une langue inconnue. La curiosité de Colas n'en fut qu'attisée, quand il vit toutes ces nouvelles choses.

Une personne avait préparé plusieurs feux de camp afin d’essayer de réchauffer le plus de monde possible, d’autres hommes étaient en train de monter la garde à l’entrée de la caverne. Nous nous sentions en sécurité, malgré cela, nous étions toujours attristés de la réalité. J’avais pu voir sur le visage des autres un sentiment de peur.

Je m’étais adossée contre un rocher, je ne voulais pas dormir, j’avais peur, peur de me confronter à la réalité. J'essayais de ne pas m'endormir, mais en vain. J’étais épuisée, mes paupières étaient lourdes, mon corps était exténué, je n’avais plus de force pour quoi que ce soit. Après un certain moment, sans m’en rendre compte, je m’étais endormie malgré la peur.

Je me réveillais, en sursaut. Un rêve ? Est-ce que tout ceci était un rêve ? C'était bien ma chambre.

Avec hésitation, j'ouvris la porte pour sortir.

Je découvris de la neige, qui recouvrait la maison, gelait les murs et le sol, les fenêtres paraissaient également glacées.

Mon cœur se mit à battre encore plus fort.

Je descendis.

En bas, un rire d'enfant.

Un rire que je reconnaitrais entre mille. Je ne pouvais m'avancer.

C'était encore lui.

J'ai voulu partir, reculer.

Mais quelque chose derrière moi me surpris

Un enfant, haut comme trois pommes et avec une peluche à la main m’avait suivi.

L'enfant ne me regardait même pas, il me traversa comme si j'étais un fantôme du passé.

Il alla en direction du rire.

  • Papa ? Demanda-t-il à la créature.

Elle riait encore plus fort, un rire strident, tranchant comme du verre.

L'enfant cria, puis, plus rien, juste le silence.

La neige prit une teinte rougeâtre.

Je ne pu m'empêcher de lâcher un léger cri d'épouvante.

La créature arrêta de rire.

J'entendis le craquement de la neige sous ses pas, se rapprochant lentement de moi.

J’étais tétanisée, ne pouvant plus faire un seul geste.

C'était lui, l'élémentaire, sous son visage d'enfant.

  • Tu veux encore jouer avec moi ? Dit-il en souriant de sa bouche démesurée.

La peur prit le dessus et j'ai couru jusqu'à l'extérieur, tout n’était que neige, d'un froid mortel, qui me brûlait jusqu'aux os.

J'ai couru sans me retourner mais...

  • Leïna attend ! cria Zacko.

Je me suis arrêtée, où était-il ?

Une main de glace me transperça le ventre.

L'enfant de glace, qui ressemblait trait pour trait à Zacko, ricana a la vu du sang.

  • J'ai gagné ! Dit-il victorieux, avec la même voix que mon défunt frère.

Je m’étais réveillée en sueur, la respiration saccadée. J’étais dans la caverne, proche du portail. Cette douleur au fond de mon ventre me brûlait davantage. J’essayais de me lever, épuisée des évènements ainsi que de mon cauchemar. Je marchais en direction de la sortie, je devais prendre l’air, je suffoquais dans cette grotte.

La lune illuminait l’île, je m’étais arrêté pour l’observer. Après quelques minutes, quelqu’un m’avait rejoint, c’était Ewen, mon frère jumeau.

  • Tu ne te sens pas bien Leïna ? Dit-il d’une voix inquiète.

Comment pourrais-je lui dire que c’est de ma faute que nous sommes ici ? Ou encore à cause de mon impuissance face à l’élémentaire de glace que Zacko n’est plus de notre monde. Je voulais tout lui raconter, mais ce n’était pas possible, je ne pouvais savoir comment il allait réagir, cela fait seulement un jour que nous sommes sur cette maudite île, tout le monde était encore chamboulé.

  • Je, je vais bien… C’était seulement un cauchemar. Dis-je d’un air attristé.

Il avait posé sa main sur mon épaule, et me regarda, comme s’il avait compris que je m’en voulais.

  • Leïna, quoi qu’il a pu se passer pour Zacko, jamais je ne t’en voudrais… Nous devons continuer à vivre et peut-être qu’un jour, tout rentrera dans l’ordre.

Je me suis effondrée dans ses bras, en larmes.

Le lendemain, nous continuâmes notre discussion tout en marchant vers un point d’eau, des enfants faisaient leur toilette, accompagnés de leurs mères. Insouciants, ils jouaient ensemble.

Durant la toilette, un groupe d'enfants s'écria avoir trouvé une substance magique, qui une fois retirée, donnait l'abondance. Évidemment les enfants ne savaient plus où était cette fameuse substance après avoir intrigué leurs parents.

Après ceci, nous nous sommes regroupés, afin de faire un point sur notre situation.

Thomas et les autres groupes d'exploration s'avancèrent, afin de d'écrire leurs trouvailles.

Thomas prit la parole le premier.

  • Je suis Thomas, de la famille Dyòne. Notre groupe a exploré la partie nord de l’île, dont la montagne, comme vous le savez, nous avons découvert cette étrange grotte. Au sommet, nous avons une vue sur l’ensemble de l'île, un point d’observation sera à prévoir là-haut. Une source d’eau y est également présente, sortant des mains de cette statue végétale, qui semble alimenter toute l'île. L’eau chaude présente au sommet serait également intéressante pour y installer des bains. Mais au final, nous n’avons trouvé aucune forme d’habitation.

  • Vaal, de la famille Dastan, enchanté. Nous sommes partis en direction de l’ouest de l’île. Là-bas, nous avons trouvé des lacs florissants de poissons et de magnifiques cascades. Encore plus loin, nous avons découvert une caverne dans le flanc de la montagne, mais des préparations seront nécessaires afin de mettre en place une exploration plus poussée.

  • Famille Faith, Klaud. Notre groupe a rapidement exploré la partie est de l’île, mais qui s’avérait déserte, suite à quoi, nous nous sommes dirigés en direction du sud. À l’endroit de notre réveil et encore plus loin, s'étendent des terres à l’apparence fertile. Nous pourrions utiliser cet endroit pour débuter la culture de diverses denrées. Comme convenu, nous avons accompagné les plus faibles jusqu'ici.

Le silence rempli la pièce, il devint clair que très peu d'entre nous survivrons jusqu'aux premières cultures, que ni le poisson ni les plantes seront suffisantes à notre survie…

Vaal prit la parole.

  • Comme vous l'avez deviné, ces ressources ne sont pas suffisantes pour tous… après délibération entre les 3 groupes, la dernière chose que nous n'avons pas encore exploré est ce portail.

  • Mais nous ne savons pas quels sont les risques en l'empruntant. Reprit Thomas.

  • Voyons Thomas, ricana Klaud. Nous ne forcerons personne à l'emprunter. Des volontaires seront nécessaires.

Thomas le défia du regard.

  • Vous suggérez que des personnes doivent se sacrifier pour les autres ?

  • Zakary nous teste, des offrandes et des sacrifices seront nécessaires pour la survie du groupe. Nous devons nous plier à ses exigences et lui offrir au moins une seule vie. Intervenu Klaud d'une voix calme.

Vaal s'avança, tout en défiant Thomas. Il s'adressa à la foule.

  • Jugez-vous nécessaire de laisser périr tout les survivants ici, après que Zakary ai eu la bonté de nous sauver ? Jugez vous comme Thomas, qu'une vie vaut autant que plusieurs centaines ?

Le visage de Thomas devint crispé de colère.

Vaal poursuivi son discours.

  • Allons, qui parmi vous, sent déjà la mort à ses côtés, prête à vous emporter dans votre sommeil ? Certains d'entre vous ne survivrons pas plus de quelques semaines, voulez-vous vraiment prendre ce risque de continuer, alors que vous auriez pu donner votre vie à Zakary et nous sauver ?

Sur ces mots, Thomas ne pu garder son calme. Je n'avais jamais vu mon frère dans une telle colère.

Les hommes des deux groupes commencèrent à se battre, tandis que d'autres tentaient de les séparer.

Je regardais le portail.

La surface translucide semblait se mouvoir comme les flammes d'un feu.

Mais étrangement, il était aussi attirant que le feu.

J'avançais d'un pas.

Mes pensées se bousculaient.

Tout ça, ces tensions, ces souffrances, étaient arrivées à cause de moi.

Je continuais d'avancer.

Sans moi, l'élémentaire ne se serait pas encore réveillé.

Encore quelques pas.

Sans moi, Zacko ne serait pas mort.

Mes oreilles recommencèrent à siffler, autour de moi tout semblait si silencieux, si flou…

J'étais devant le portail.

Les gens avaient arrêtés de se battre.

J'entendais Thomas crier. Ma mère aussi. Et aussi Ewen il me semble.

Tout ça, c'était ma faute, c'était à moi de le faire.

Sous les cris apeurés de certains et de ma famille, je fis un dernier pas et franchis le portail…

 

La suite de l'histoire prochainement !

Merci à Gabiscuit et Archonte Yazu pour la grande aide apportée à cette l'histoire ❤️


Posté le 5 octobre 2022 par Yndriss